LE SIONISME UN COURANT NATIONALISTE…

Le sionisme est apparu à la fin du 19ème siècle, en réponse à l’antisémitisme qui se développait en Europe orientale et centrale où le système féodal était en ruine. Mais avec l’affaire Dreyfus, l’antisémitisme donnait aussi des signes de vitalité en France, où le capitalisme montrait déjà des signes de décadence.

Dans les pays de l’Europe orientale, usant d’une démagogie antisémite, c’est-à-dire raciste, des forces politiques réactionnaires tentèrent de détourner les nombreux mécontentements vers des pogroms dont étaient victimes le petit commerçant, l’artisan ou le prêteur sur gage juifs.

Il en fut de même dans les pays d’Europe centrale où les mouvements antisémites trouvèrent leurs racines dans la ruine de millions de petits bourgeois à qui l’on présentait les Juifs, avec lesquels ils étaient parfois en concurrence, comme responsables de leur situation.

En France, ce fut aussi sur une haine sociale que s’appuya le mouvement antisémite qui se déclencha à l’occasion de l’affaire Dreyfus. Il trouva son origine dans l’hostilité que ressentait et qu’exprimait l’aristocratie face aux financiers juifs qui achetaient ses demeures et ses domaines, et dont les fils s’immisçaient dans des carrières qui étaient autrefois réservées aux rejetons de cette aristocratie aigrie.

Le sionisme est donc né dans la petite bourgeoisie juive, d’Europe centrale dans un premier temps, en réaction au développement de l’antisémitisme. Mais pendant bien longtemps ce mouvement n’obtint aucune aide notable de la part de la bourgeoisie juive assimilée ou qui aspirait à l’être.

Il n’avait pas, non plus, de prise sur les masses populaires juives. Il y rencontrait l’opposition du mouvement ouvrier révolutionnaire qui ouvrait devant les masses juives exploitées la perspective de l’émancipation sociale de tous les exploités et qui dénonçait l’impasse du repliement national vers laquelle se proposait de les mener le courant sioniste. L’intelligentsia d’origine juive de Russie, de Pologne, avait alors donné au mouvement ouvrier révolutionnaire quelques-uns de ses militants les plus prestigieux qui, contre les nationalismes, avaient choisi l’internationalisme. Ils savaient que, pour vaincre définitivement l’antisémitisme et toutes les formes du racisme, il fallait mettre fin à l’organisation sociale basée sur l’exploitation.

Le mouvement sioniste, en tant que courant nationaliste, se heurtait également au problème de savoir quel territoire revendiquer. Il faut croire qu’à l’origine le Proche-Orient ne s’imposait pas. Dans un monde totalement conquis et partagé par les diverses puissances impérialistes, nulle parcelle n’était « libre ». Toute installation devait préalablement avoir l’aval des propriétaires en titre : l’Angleterre, la France, la Russie, la Belgique…

N’ignorant pas cette réalité, les promoteurs du sionisme tentèrent de convaincre l’Angleterre, la principale puissance coloniale d’alors, d’accepter la création d’un foyer national juif. Après que l’Ouganda ou l’Argentine eurent été envisagés, c’est sur la Palestine que le choix se fit, afin que puisse s’y construire « une partie du rempart de l’Europe contre l’Asie, un poste avancé de la civilisation s’opposant à la barbarie », comme l’affirmait Theodor Herzl, le fondateur du sionisme. D’emblée, le sionisme se positionnait contre les peuples du Proche-Orient et se posait en « rempart » des grandes puissances impérialistes en train d’évincer définitivement l’Empire ottoman. D’ailleurs, il ne pouvait pas en être autrement. La philanthropie étant étrangère à l’impérialisme britannique, c’est uniquement pour défendre ses intérêts que ce dernier pouvait accepter une mesure favorable à d’autres. Ce fut donc sous l’aile protectrice de l’impérialisme que le sionisme fit ses premiers pas en se posant comme son défenseur, voire comme l’une de ses excroissances. Et cela le marqua de façon indélébile, lui donnant un cadre que jamais il ne transgressa.

Mais, à l’époque, toutes les tractations qui eurent lieu entre Herzl et les gouvernants britanniques, et qui aboutirent en 1917 à la déclaration de Balfour acceptant la création d’un foyer national juif en Palestine, se déroulèrent dans l’indifférence quasi générale des communautés juives, dont seule une petite minorité aspirait à se rendre en Palestine.

Dans les pays de l’est européen où un antisémitisme virulent, quand il n’était pas meurtrier, s’ajoutait à la misère touchant de nombreuses communautés juives, le désir d’émigration fit se déplacer des centaines de milliers d’hommes et de femmes. Entre 1881 et 1925, près de quatre millions de Juifs se sont expatriés aux États-Unis, au Canada, en Angleterre, en Allemagne, aux Pays-Bas ou encore en France, mais bien peu, 120000 seulement, allèrent s’installer en Palestine. D’un côté les terres arides du Proche-Orient, de l’autre les pays développés de l’Occident où étaient déjà installés de nombreux Juifs : entre les deux, le choix était vite fait, surtout pour des émigrants influencés par les idées et les combats du socialisme, dont la vitalité se manifestait dans les vieux bastions du capitalisme. Pour beaucoup de ces hommes et de ces femmes, même pour ceux qui aspiraient à l’époque à une vie culturelle et politique qui leur soit propre, le repli national que leur proposait le sionisme leur était étranger, d’autant plus qu’ils étaient ou avaient été eux-mêmes victimes d’un autre repli qui s’était fait à leurs dépens.

Dans les pays d’Europe occidentale où ces Juifs arrivèrent, d’autres Juifs d’une émigration plus ancienne étaient déjà installés et les plus riches et les plus intégrés d’entre eux ne voyaient pas d’un bon oeil l’arrivée de ces foules déshéritées. Bernard Lazard, issu d’une famille de la bourgeoisie juive assimilée, et qui allait se rapprocher du sionisme, a pu ainsi décrire « ces chargeurs francfortois, usuriers russes, cabaretiers polonais, Galiciens prêteurs sur gages, ces Tatars prédateurs, grossiers et sales » qui viennent « indûment paître un pays qui n’est pas le leur », la France en l’occurrence. Ce point de vue était sans doute partagé, y compris par certains membres de la famille Rothschild qui, inventant le sionisme avant l’heure, financèrent l’installation de colons juifs en Palestine. Comme on le voit, les antagonismes sociaux et même ethniques qui traversaient les communautés juives n’étaient à l’époque nullement masqués par des liens ou des idées communes, et en tout cas pas celles du sionisme

Source: RecriWeb

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