[Histoire Palestine] Sionisme une colonisation « socialiste » ?

Herzl mourut en 1904, bien avant que son projet ne se réalise. En Palestine les immigrants juifs continuaient à arriver par petites vagues. Puis débuta une seconde vague d’immigration qui s’intensifia après l’échec de la révolution russe de 1905.

Ces nouveaux arrivants, quoique sionistes, subissaient aussi l’influence des idées socialistes. Il existait en effet des courants socialistes juifs, notamment en Russie. Les uns considéraient qu’ils n’avaient à se distinguer des courants socialistes généraux que pour des raisons de langue, comme par exemple l’emploi du yiddish, langue alors la plus couramment utilisée dans les communautés juives d’Europe de l’Est, pour s’adresser aux ouvriers juifs. Mais d’autres, sous la pression du sionisme entre autres, cherchaient à concilier des revendications nationales juives avec les idées socialistes. Certains, comme Ber Borokhov qui allait devenir le principal théoricien de ce courant dit « sioniste socialiste », expliquaient par exemple qu’il était nécessaire de créer en Palestine un prolétariat agricole et industriel pour normaliser la structure sociale du peuple juif, jusque-là dominée par des commerçants ou des artisans.

Seulement, en Palestine, ces nouveaux venus arrivaient dans une petite société juive encore dominée par les colons du baron Rothschild qui utilisaient sur leurs terres une main-d’oeuvre essentiellement arabe, bien meilleur marché. D’emblée, des oppositions, voire des heurts apparurent entre les nouveaux émigrants et les anciens colons. Au point qu’en 1906, dans la ville de Petah-Tikva, une des premières colonies juives et dont le nom signifie « La porte de l’Espoir », les colons déclarèrent un boycott de l’embauche des travailleurs juifs.

Finalement, cette aile gauche du sionisme, socialisante, l’emporta. L’orientation dominante de la colonisation sioniste fut dès lors cette « colonisation ouvrière » qui devint un aspect spécifique du sionisme, le distinguant des autres entreprises de colonisation de notre époque. En effet, les colons européens venaient pour la plupart exploiter les richesses des pays où ils s’installaient, y compris le potentiel de travail des « indigènes ». Mais le sionisme ne désirait pas simplement les ressources de la Palestine (qui de toute façon n’étaient pas très importantes) mais le pays lui-même. Celui-ci devait servir à la création d’une nouvelle nation, destinée à avoir ses propres classes sociales y compris une classe ouvrière, et si possible d’un nouvel État. La population arabe de Palestine n’était donc pas destinée à être exploitée, mais à être remplacée dans sa totalité par l’immigration juive.

Dès lors, le « travail juif » devint une des devises essentielles du mouvement sioniste, tous courants confondus. Les fonds nécessaires à l’achat des terres arrivèrent en Palestine non plus via quelques barons d’Europe. Ils furent collectés par un organisme créé au début du siècle, chargé de drainer les contributions individuelles de milliers de foyers juifs de par le monde, le Fonds National Juif (Keren Kayemeth Leisraël, en hébreu)

Les sionistes imposaient d’ailleurs aux juifs immigrant en Palestine d’avoir leur propre langue, qui n’était ni l’arabe parlé par les Palestiniens, ni une des langues diverses utilisées par les Juifs des pays d’Europe. Il s’agissait de l’hébreu, langue qui jusque-là n’était plus utilisée que dans les textes religieux, mais que les sionistes réutilisaient sous une forme modernisée et dont ils voulaient faire la langue de la nouvelle nation.

En 1908, apparurent les premiers villages collectifs, connus sous le nom hébraïque de kibboutz, au pluriel kibboutzim. Pendant bien longtemps, les kibboutzim ont été présentés comme un élément d’un prétendu socialisme israélien. Mais quelle que soit l’égalité qui pouvait régner entre les membres, quel que soit l’idéalisme de ceux-ci, l’existence du kibboutz, directement ou indirectement, était due à la dépossession de la paysannerie arabe. Cet « îlot de socialisme », établi sur son dos, était seulement perçu par celle-ci comme une des formes d’organisation d’un oppresseur. La nature des relations entre les membres du kibboutz n’était que secondaire face à celle qu’ils entretenaient avec la société palestinienne. Cela seul, indépendamment du fait que l’histoire a prouvé que le caractère égalitaire du kibboutz allait s’effilocher au fil des ans, aurait suffi à rappeler que si le socialisme ne peut se construire dans un seul pays, il peut encore moins se construire dans un seul village.

Le même phénomène s’est produit vis-à-vis de la classe ouvrière arabe. De la même façon que pour le paysan arabe, l’arrivée des émigrants juifs a abouti à son expulsion. Pour les travailleurs arabes cela a signifié la même concurrence pour l’emploi, la même menace de chômage.

Le principal instrument de la campagne du « travail juif » fut la Histadrout, la Confédération en hébreu, créée en 1920. Elle devait être la centrale syndicale des travailleurs Juifs. Mais elle assuma aussi très vite le rôle d’entrepreneur capitaliste, de banquier, de société d’assurances, de propriétaire foncier, en même temps qu’elle faisait fonctionner une sorte de sécurité sociale. Quant à être aussi un syndicat pour les travailleurs arabes, elle s’y refusa dès le début. L’apartheid économique inhérent à la Histadrout était d’ailleurs publiquement affirmé. Tout membre de la Confédération devait verser deux cotisations obligatoires. La première, « pour le travail juif », était destinée entre autres à l’organisation de piquets qui empêchaient la venue des travailleurs arabes dans les entreprises juives. La seconde était pour « la production juive » qui équivalait au boycott de la production arabe.

Source: Recriweb

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