Le sionisme – un triste bilan

Le sionisme prétendait construire une société qui soit un havre de sécurité, au moins pour les Juifs, quitte à ignorer les Arabes et à les combattre sous prétexte que ceux-ci au moins avaient un pays, et même des pays, et qu’il y avait donc mieux à faire que se soucier d’eux. Eh bien, les militants du mouvement ouvrier sioniste qui ont accepté cette logique ont tout au plus servi d’instrument à des intérêts qui n’étaient pas les leurs, en aidant l’impérialisme pendant toute une période à préserver ses intérêts contre les peuples de la région. Mais cette logique cynique et à courte vue se retourne contre eux-mêmes.

La perspective socialiste qui était encore la leur aux débuts de l’État d’Israël a disparu, complètement effacée elle aussi par les tendances bourgeoises et impérialistes à qui les efforts des pionniers du sionisme n’ont servi que de marchepied. En fait de paix, plusieurs générations d’Israéliens n’ont connu qu’un État en conflit continuel avec ses voisins et ont dû rester pratiquement toujours sur le pied de guerre. Quant à la société israélienne c’est une société de classe, déchirée de contradictions, bien souvent elle-même marquée par la haine. Haine entre Juifs et Arabes ; haine de l’extrême droite et des extrémistes religieux de tout bord envers tous ceux qui ont d’autres idées ; haine aussi et racisme entre les différentes fractions de la population juive, par exemple entre Juifs occidentaux immigrés de longue date et Juifs orientaux d’immigration plus récente qui composent les couches les plus pauvres du prolétariat.

Il y a quelques années le gouvernement israélien s’était fait une belle publicité en allant chercher presque de force les Juifs falachas d’Ethiopie menacés par la famine. Aujourd’hui, on l’a vu lors de leur grande démonstration du dimanche 28 janvier 1996, ces mêmes Falachas manifestent violemment contre le racisme dont ils sont l’objet parce qu’ils sont noirs.

En fait le sionisme, comme tous les nationalismes mais pire encore que la plupart des nationalismes, a servi d’excuse à plusieurs générations d’hommes qui pourtant se réclamaient du socialisme, pour ne pas se préoccuper réellement de transformation de la société. Celle-ci était remise à plus tard et, en attendant, on ignorait ou même on combattait les luttes concrètes qui pouvaient se développer dans ce sens, au motif par exemple que c’était l’affaire des Arabes. Eh bien, cela n’a même pas servi à construire ce havre que bien des Juifs victimes de l’antisémitisme espéraient trouver en Israël.

Y compris avec le règlement actuel entre Israéliens et Palestiniens, c’est une société invivable qui a été construite, dans laquelle les conflits nationaux peuvent éclater à chaque coin de rue ou à chaque carrefour de routes car, même à coups de millions de dollars, on ne pourra pas empêcher Israéliens et Palestiniens de se croiser.

Bien sûr, cela est vrai à l’échelle de tout le Moyen-Orient, qui est aujourd’hui presque « libanisé » d’un bout à l’autre, partagé entre Juifs, Musulmans chiites ou sunnites, Druzes, Chrétiens, milices kurdes de différentes obédiences, sous la surveillance des armées irakienne ou syrienne, turque, iranienne ou israélienne, et entre lesquels des conflits ne cessent d’éclater.

Ce Moyen-Orient éclaté et déchiré, c’est le résultat de la domination de l’impérialisme qui n’a cessé d’activer tous ces conflits au point de rendre toute la région invivable, et on ne peut sans doute en attribuer toute la responsabilité au sionisme. Mais le sionisme a eu sa part dans cette politique. Et surtout il a contribué à détourner des générations d’hommes d’un combat dont la nécessité resurgit aujourd’hui, un combat plus urgent que jamais.

Car bien des occasions ont été perdues, bien des combats n’ont pas été menés qui auraient pu conduire vers une véritable transformation de la société, vers un dépassement des survivances féodales, des conflits nationaux, vers le renversement des classes dominantes et la fin de la domination impérialiste. Ils restent à mener aujourd’hui, et la première question à se poser est celle de leur perspective politique.

Car on ne peut pas dire que c’est la combativité des masses qui aurait fait défaut, parce que celles-ci auraient accepté l’exploitation ou n’auraient pas montré de sensibilité à l’injustice. Ce n’est pas vrai en ce qui concerne les Arabes palestiniens, mais ce n’est même pas vrai non plus en ce qui concerne la population israélienne. A bien des reprises en effet, on a vu une large fraction de celle-ci s’indigner de la politique de ses gouvernants, par exemple lors des manifestations contre la guerre du Liban, ou contre les massacres de Sabra et Chatila perpétrés en 1982 par les phalangistes libanais sous la protection des troupes israéliennes.

Source: http://recriweb.tumblr.com/post/93892596255/le-sionisme-1617-un-triste-bilan

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