Une introduction au conflit israélo palestinien

Par Norman G. Finkelstein, date 2002

Norman Finkelstein est né à Brooklyn en 1953, de parents survivants du camp de concentration nazi d’Auschwitz. Il enseigne la théorie politique à la City University de New York. Il a passé sa thèse de doctorat à Princeton sur la théorie du sionisme. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont deux traduits à ce jour en français, « L’industrie de l’Holocauste, réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs », aux éditions La Fabrique – 2001 – et coécrit avec Ruth Bettina Birn « L’Allemagne en procès, la thèse de Goldhagen et la vérité historique », paru chez Albin Michel – 2000 – . Vous pouvez retrouver de nombreux textes de Norman Finkelstein – en anglais – sur son site : http://www.normanfinkelstein.com.

Le contexte

Afin de résoudre ce qu’il était convenu d’appeler « la question juive » – c’est-à-dire le défi réciproque entre la répulsion pour les Juifs, chez les Gentils (l’antisémitisme) et l’attrait des sociétés des Gentils pour les Juifs (l’assimilation) – le mouvement sioniste chercha, à la fin du dix-neuvième siècle, à créer un Etat très majoritairement, sinon totalement, juif, en Palestine [1].

Le mouvement sioniste ayant conquis un pied à terre en Palestine grâce à la publication par la Grande-Bretagne de la Déclaration Balfour [2], le principal obstacle qui se dressait devant la réalisation du projet sioniste était la population arabe indigène de la Palestine.

En effet, à la veille de la colonisation sioniste, la Palestine, dans son écrasante majorité n’était pas juive : elle était peuplée d’Arabes, musulmans et chrétiens [3].

D’un extrême du spectre sioniste à l’autre, il était clair, dès le début, que la population arabe indigène de la Palestine ne dirait pas ‘amen’ à sa dépossession.

« Contrairement à ce que l’on prétend souvent, le sionisme n’était pas aveugle à la présence des Arabes en Palestine », fait observer Zeev Sternhell. « Si les intellectuels et les dirigeants sionistes ignoraient le dilemme des Arabes, c’était avant tout parce qu’ils savaient parfaitement que ce problème n’avait pas de solution dans la conception sioniste des choses…
En général, les uns et les autres se comprenaient très bien entre eux, ils savaient que la mise en pratique du sionisme ne pourrait se faire qu’aux dépens des Arabes palestiniens ».

Moshe Shertok (par la suite : Sharett) repoussait avec mépris les « espoirs illusoires » de ceux qui parlaient d’une « compréhension mutuelle » entre « nous » et les Arabes, d’ » intérêts communs » et de « la possibilité d’une unité et d’une paix entre les deux peuples frères. »

« Il n’existe pas d’exemple, dans l’Histoire », déclara Ben Gourion, en cadrant de manière lapidaire le cœur du problème, « qu’une nation ouvre les portes de son pays, non par nécessité… mais parce que la nation qui veut venir s’y installer a manifesté son désir de le faire. » [4].

« La tragédie du sionisme », écrira Walter Laqueur dans son ouvrage historique de référence, « fut qu’il apparut sur la scène mondiale à une époque où n’existait plus aucun espace libre sur la mappemonde. » Ce n’est pas tout à fait exact. En fait, il n’était plus politiquement possible de créer de tels espaces : l’extermination avait cessé d’être une option admissible, en vue de la conquête territoriale [5].

Fondamentalement, le mouvement sioniste n’avait de choix qu’entre deux options stratégiques, pour atteindre son but : ce que Benny Morris a appelé « »la méthode Sud-Africaine » – « l’établissement d’un Etat d’apartheid, dans lequel une minorité de colons règnerait sur une importante majorité indigène exploitée » – ou la « méthode du transfert » – « vous pouviez créer un Etat juif homogène ou tout au moins, un Etat avec une écrasante majorité juive, en déplaçant, en «transférant» la totalité, ou la plupart, des Arabes, dehors » [6]

Première étape – « La méthode du transfert »

Dans la première étape de la conquête, le mouvement sioniste jeta son dévolu sur la «méthode du transfert».
En dépit d’un fatras rhétorique autour de la volonté de « vivre avec les Arabes dans des conditions d’unité et d’honneur mutuel, afin de transformer la patrie commune, avec eux, en une terre florissante » (douzième Congrès sioniste, 1921), les sionistes, dès le début, visèrent à les expulser.
« L’idée du transfert a accompagné le mouvement sioniste dès ses tous premiers balbutiements », relève Tom Segev.

« La ‘disparition’ des Arabes se trouve au cœur du rêve sioniste, et elle est aussi une condition nécessaire de son existence… A de rares exceptions près, aucun sioniste ne remettait en question la nécessité désirable d’un transfert par la force – ni son caractère moral. » L’essentiel était de ne pas rater le moment opportun.

Ben Gourion, réfléchissant à l’option expulsive à la fin des années 1930, écrit : «Ce qui est inconcevable en temps normal devient concevable en des temps révolutionnaires ; si à ce moment-là l’opportunité est manquée et si ce qui est possible en ces heures décisives n’est pas mené à bien – c’est tout un monde qui est alors perdu.» [7]

L’objectif de ‘désapparition’ de la population arabe indigène met en évidence un truisme virtuel enterré sous une montagne de littérature sionisteapologétique : ce qui aiguillonnait l’opposition des Palestiniens au sionismen’était pas l’antisémitisme au sens d’une haine irrationnelle des Juifs, mais bien la perspective – tout ce qu’il y a de plus réelle – de se voir expulsés.

« La peur de l’éviction territoriale et de la dépossession », conclut judicieusement Morris, «fut le moteur essentiel de l’opposition arabe au sionisme».
De la même manière, dans son étude magistrale du nationalisme palestinien, Yehoshua Porath suggère l’idée que le « facteur principal nourrissant » l’antisémitisme arabe « n’était pas la haine des Juifs en tant que tels, mais l’opposition à la colonisation juive de la Palestine. »

Il poursuit, en avançant l’argument que bien que les Arabes eussent, dans un premier temps, établi un distinguo entre les Juifs et les sionistes, il était «inéluctable» que leur opposition à la colonisation sioniste se muât en détestation de l’ensemble des Juifs :
« Au fur et à mesure que l’immigration (juive) s’intensifiait, l’identification de la communauté juive (de Palestine) au mouvement sioniste suivait le même mouvement…
Les facteurs non-sionistes et antisionistes devinrent une minorité négligeable, et il fallait une sérieuse dose de sophistication pour continuer à établir le distinguo de naguère. Il était tout à fait déraisonnable d’espérer que la population arabe, dans son ensemble, et le noyau d’insurgés qui en faisait partie, continueraient à maintenir cette distinction. » [8]

Depuis ses premiers remous, à la fin du XIXème siècle, et tout au long du raz-de-marée de son insurrection, dans les années 1930, la résistance palestinienne se focalisa constamment sur les deux piliers de la conquête sioniste : les colons juifs et les colonies juives. [9]

Des écrivains apologues du sionisme, comme Anita Shapira, oppose la colonie juive, pacifique, au recours à la force. [10]

En réalité, la colonisation, c’était la quintessence de la force armée.

«De l’extérieur, le sionisme était vu comme recourant à l’emploi de la force afin de réaliser des aspirations nationales», observe Yosef Gorny. «Cette force consistait avant tout en la capacité collective de reconstruire un foyer national (pour les Juifs) en Palestine.»
Par l’implantation, le mouvement sioniste ambitionnait – pour reprendre les paroles de Ben Gourion – «un alliage parfait, idéal, entre la charrue et le fusil.»

Plus tard, Moshé Dayan écrivit dans ses mémoires : « Nous sommes une génération de pionniers ; sans le casque de combat et le chargeur de la mitraillette, nous n’aurions pas pu planter un seul arbre ni construire une seule maison. » [12]

Le mouvement sioniste présupposait, derrière la résistance palestinienne à la colonisation juive, un antisémitisme générique (et génétique), des colons juifs « étant assassinés », déclara sans ambages Ben Gourion, « pour la seule raison qu’ils étaient juifs » – manière pour lui de cacher au monde extérieur et aussi, de se cacher à lui-même, les récriminations logiques et légitimes de la population palestinienne indigène. [13]

Dans le bain de sang qui en résulta, les parents et amis martyrs du sionisme allaient, comme c’est le cas aujourd’hui pour les parents et amis des martyrs palestiniens, revêtir de lustre et de fierté ces sacrifices patriotiques.

«Je suis très fier», déclarait avec emphase le père d’une victime juive, «d’avoir été le témoin vivant d’un tel Evénement historique.» [14]

Il convient de relever ici, afin d’éclairer la suite de notre propos, que, depuis la période entre les deux guerres mondiales, jusqu’aux premières années d’après-guerre, l’opinion publique occidentale n’était pas autrement opposée au transfert de population, comme expédient (bien qu’extrême) pour résoudre des conflits ethniques. Les socialistes français et la presse juive européenne manifestèrent leur soutien à l’idée du transfert des Juifs à Madagascar, pour résoudre le « problème juif » en Pologne, au milieu des années 1930.

Le principal transfert forcé de population, avant la Seconde guerre mondiale, fut mis en œuvre entre la Turquie et la Grèce. Décidé par le Traité de Lausanne (1923) et approuvé et supervisé par la Ligue des Nations, ce déplacement brutal de plus d’un million et demi de personnes finit par être considéré par la majorité des responsables officiels en Europe comme un précédent prometteur.

Les Britanniques citèrent ce précédent heureux, à la fin des années 1930, comme le Modèle à suivre afin de résoudre le conflit en Palestine.

Vladimir Jabotinsky, dirigeant sioniste de droite, encouragé par les expérimentations démographiques des Nazis dans les territoires conquis (environ un million et demi de Polonais et de Juifs avaient été expulsés et avaient été remplacés par des centaines de milliers d’Allemands venus habiter à leur place), s’exclama :
« Le monde s’est habitué à l’idée de migrations massives, et on dirait presque qu’il aime ça. Hitler – aussi odieux soit-il, à nos yeux – a donné à cette idée une bonne réputation dans le monde entier. »

Durant la guerre, l’Union soviétique (de Staline) mena elle aussi à bien des déportations sanglantes de minorités récalcitrantes, tels les Allemands de la Volga, les Tchétchéno-Ingouches et les Tatars. Les sionistes travaillistes excipèrent des « expériences positives» qu’avaient été à leurs yeux les expulsions gréco-turques et soviétiques, afin de justifier l’idée du transfert des Palestiniens.

Rappelant le «succès» (appréciation signée Churchill) du transfert forcé et de l’échange de population gréco-turc, les Alliés autorisèrent, à la conférence de Postdam (1945), l’expulsion de quelque 13 millions d’Allemands d’Europe centrale et orientale (près de deux millions de civils périrent au cours de cet horrible déracinement).

Il ne fut pas jusqu’au parti Travailliste britannique (de gauche), qui ne prétendît, dans sa plate-forme programmatique pour l’année 1944, que « les Arabes devaient être encouragés à se tirer » de Palestine, comme le fit lui-même le philosophe humaniste Bertrand Russell, afin de laisser la place à la colonisation sioniste [16].

En effet, dans l’Occident – cet Occident « éclairé » – nombreux furent ceux qui en vinrent à considérer que le déplacement de la population arabe indigène de Palestine était une conséquence inévitable du progrès de la Civilisation.

L’identification des Américains au projet sioniste fut des plus aisées, étant donné que « l’ordre social du Yishuv [= la communauté juive en Palestine} était édifié sur l’éthique de la « société de la frontière », dans laquelle la colonie-implantation de pionniers fournissait l’exemple édifiant à suivre ».

Afin d’expliciter l’ « ignorance quasi totale du sort des Arabes » par les Américains, un parlementaire travailliste britannique éminent, Richard Crossman, expliqua, au milieu des années 1940 :
« Après tout, le sionisme n’est que la tentative des Juifs européens de bâtir leur vie nationale sur le sol de Palestine, d’une manière tout à fait comparable à celle dont les pionniers américains ont développé l’Ouest (Far West).
Ainsi, les Américains vont-ils accorder aux colons juifs en Palestine le bénéfice du doute, et considérer les Arabes comme des aborigènes qui doivent s’incliner devant la marche du progrès. »

Opposant les Arabes «débraillés» aux colons juifs intrépides qui avaient «mis en branle des forces révolutionnaires au Moyen-Orient», Crossmanlui-même professa son soutien au sionisme au nom du «progrès social ».

Le candidat libéral de gauche aux élections présidentielles américaines, en 1948, Henry Wallace, compara la guerre de conquête des sionistes en Palestine à « la lutte menée par les colonies américaines, en 1776.

De la même manière que les Anglais avaient ameuté les Iroquois, à l’époque des guerres américaines, dans leur guerre contre les pionniers (républicains américains), ils excitent aujourd’hui les Arabes (contre les sionistes«progressistes»)» [17]

En 1948, le mouvement sioniste tira profit des «circonstances révolutionnaires» offertes par la première guerre israélo-arabe – d’une façon très comparable aux Serbes profitant des bombardements de l’Otan pour procéder au nettoyage ethnique au Kosovo – pour expulser plus de 80 % de la population indigène (750 000 Palestiniens), et du même coup atteindre son objectif, en l’occurrence un Etat presque entièrement peuplé de Juifs, même si cet état ne s’étendait pas encore – provisoirement – sur la totalité de la Palestine [18].

Berl Katznelson, connu pour être la «conscience» du sionisme travailliste, n’en démordait pas : il continuait à affirmer que « jamais auparavant une entreprise coloniale n’a(vait) été à ce point caractérisée par la justice et l’honnêteté à l’égard d’autrui que l’œuvre que nous av(i)ons accomplie, ici, en Eretz Israël.»

Dans son épopée consacrée à la dépossession de la population indigène américaine par les colons – The Winning of the West – Theodore Roosevelt, de la même manière, concluait qu’«aucune autre Nation conquérante n’a jamais traité les sauvage propriétaires du sol avec une telle générosité que l’ont fait les Etats-Unis».

Les récipiendaires de cette bienfaisance auraient vraisemblablement une version bien différente de l’histoire à nous raconter… [19].

Deuxième étape : « la méthode sud-africaine »

La principale crainte des Arabes (et des Britanniques), avant et après la guerre de 1948, était que le mouvement sioniste n’utilise l’Etat juif taillé dans la Palestine comme tremplin pour leur expansion ultérieure [20].

En réalité, les sionistes suivaient depuis bien longtemps une stratégie « par étapes » consistant à conquérir la Palestine par appartements – stratégie qu’ils allaient plus tard vilipender les Palestiniens de suivre.

« La vision sioniste ne saurait être accomplie en un seul coup », rapporte le biographe officiel de Ben Gourion, « et singulièrement pas la transformation de la Palestine en un Etat juif. L’approche par étapes, dictée par des circonstances qui n’étaient en rien favorables, requérait la fixation d’objectifs qui eussent l’apparence de « concessions ».

Le mouvement sioniste accepta les propositions britanniques et américaines de partage de la Palestine, mais seulement « comme une étape sur la voie d’une implantation sioniste beaucoup plus étendue » (Ben Gourion) [21].

Le principal regret des sionistes, à la suite de la guerre de 1948, fut d’avoir échoué à conquérir l’ensemble de la Palestine.

Plus tard, en 1967, Israël exploiterait les «temps révolutionnaires» de la guerre de Juin afin de parachever le travail [22].

Sir Martin Gilbert, dans sa brillante Histoire d’Israël, affirmait que les dirigeants sionistes avaient toujours considéré, dès le début, que les territoires conquis représentaient une «charge indésirable qui pèserait lourdement sur les épaules d’Israël.»

Dans une nouvelle étude, unanimement reconnue, Six Days of War, (Six Jours de Guerre), Michael Oren suggère l’idée que l’occupation du Sinaï, des hauteurs du Golan, de la Cisjordanie et de Gaza «résulta dans une très large mesure du facteur chance», «des hasards et de l’impétuosité de la guerre.»

A la lumière des impératifs permanents du mouvement sioniste en matière territoriale, Sternhell observe quant à lui, plus sobrement :
« Le rôle de l’occupant, qu’Israël dut commencer à assumer quelques mois seulement après sa victoire éclair remportée en juin 1967, n’était pas le résultat de quelque erreur de calcul commise par les dirigeants de l’époque, ni de la conjonction de circonstances fortuites.
Non : il s’agissait bien d’un pas supplémentaire vers la réalisation des ambitions supérieures du sionisme.» [23]

Israël fut confronté, après l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, au même dilemme qu’à l’aube du mouvement sioniste : il voulait les territoires – pas leurs habitants. L’expulsion, toutefois, n’était plus envisageable.

Après les expériences brutales du nazisme, accompagnées de la mise en application et de la planification d’une véritable ingénierie démographique, l’opinion publique mondiale avait cessé d’accorder une quelconque forme de légitimité aux transferts de population.

La Quatrième Convention de Genève, texte fondamental ratifiée en 1949, « prohibait (pour la première fois) d’une manière non équivoque la déportation » de civils soumis à une occupation militaire (articles 49,147) [25].

Il en découle qu’Israël opta, après la guerre de juin 1967, pour la mise en application de la seconde des deux options évoquées plus haut – l’apartheid.

Ce choix allait s’avérer la principale pierre d’achoppement sur la voie d’un règlement diplomatique du conflit israélo-palestinien.

Le « processus de paix »

Immédiatement après la guerre de juin 1967, l’ONU délibéra des modalités permettant de réaliser une paix juste et durable. Un très large consensus, tant à l’Assemblée générale qu’au Conseil de Sécurité, appelait au retrait d’Israël des territoires arabes occupés par ce pays au cours de la guerre.

La Résolution 242 du Conseil de Sécurité rappela, dans son préambule, le principe fondamental du droit international suivant :
 » … mettant l’accent sur l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la force armée. » [26].

En même temps, la Résolution 242 appelait les Etats arabes à reconnaître le droit d’Israël « à vivre en paix, à l’intérieur de frontières sures et reconnues, à l’abri des menaces et des agressions armées.»

Afin de satisfaire aux aspirations nationales des Palestiniens, le consensus international finit par prévoir la création d’un Etat palestinien en Cisjordanieet dans la bande de Gaza, après le retrait d’Israël à l’intérieur de ses frontières antérieures à juin 1967. (La 242, quant à elle, se contentait de mentionner indirectement les Palestiniens, en appelant à « la recherche (et l’obtention) d’une solution équitable au problème des réfugiés.»)

Bien que le ministre de la Défense Moshe Dayan reconnût en privé que la 242 exigeait son retrait total, Israël maintenait sa position officielle, selon laquelle cette résolution autorisait des «révisions territoriales» [27].

Le refus israélien, en février 1971, de se retirer complètement du Sinaï, en échange de l’offre égyptienne d’un accord de paix, conduisit directement à la guerre d’Octobre 1973 [28].

Les paramètres fondamentaux de la politique israélienne relative aux territoires palestiniens avaient été exposés dès la fin des années 1960 dans la proposition d’Yigal Allon, un membre éminent du parti Travailliste, membre du Cabinet.

Le « Plan Allon » préconisait l’annexion à Israël d’une partie de la Cisjordaniepouvant aller jusqu’à la moitié, tandis que les Palestiniens se verraient confinés dans l’autre moitié, divisés entre deux cantons non reliés entre eux, au nord et au sud.

Sasson Sofer aime à relever, généralement, l’ »ambiguïté fertile » de la diplomatie israélienne – on pourrait parler plus justement de «cynisme créatif» – consistant à «mettre en exergue le caractère sui generis de la question juive afin d’asseoir la légitimité (de l’Etat juif, ndt), puis à mettre l’accent sur la normalité de l’existence souveraine d’Israël en tant qu’Etat, auquel devraient être accordés tous les droits et privilèges reconnus par la communauté internationale à toute entité nationale.»

Dans le cas d’espèce, Israël demandait, à l’instar de tous les Etats souverains, l’entière reconnaissance – parfois aussi qualifiée de ‘droit’ – à la conquête territoriale, au nom de la souffrance des Juifs – sans équivalent historique – et en dérogation à la loi internationale. Comme nous le montrons par ailleurs, l’invocation de l’holocauste nazi joua un rôle crucial dans ce petit jeu diplomatique [29].

Au début, les Etats-Unis soutinrent l’interprétation consensuelle de la Résolution 242, en ne fermant les yeux que sur des ajustements «mineurs» et «mutuellement consentis» de la frontière – non reconnue – entre Israël et la Cisjordanie sous souveraineté Jordanienne [30].

Au cours d’échanges privés, très vifs, avec les Israéliens, durant des efforts de médiation sponsorisés par l’ONU et menés par Gunnar Jarring, en 1968 [31], les officiels Américains ne démordirent pas de leur position, selon laquelle « les termes [frontières] ‘reconnues et sures’ signifiaient qu’il y avait possibilité d’ »arrangements de sécurité » et d’une « reconnaissance » des nouvelles lignes de front comme frontières internationales » et que ces termes «ne signifiaient en aucune manière qu’Israël pourrait étendre son territoire afin d’y englober la Cisjordanie et Suez, (même) s’il jugeait cette extension indispensable à sa sécurité» et, aussi, qu’ »il n’y aurait jamais de paix aussi longtemps qu’Israël tenterait de s’arroger des superficies importantes des territoires occupés. »

En le désignant explicitement par son nom, les Américains déplorèrent le fait que le Plan Allon, même dans sa version la plus minimaliste, « n’apportait aucune ouverture » et était « inacceptable, dans son principe même. » [32]

La politique américaine, toutefois, effectuant un virage crucial (sous l’administration Nixon-Kissinger) se réaligna sur celle d’Israël [33].

Exceptés Israël et les Etats-Unis (et, à l’occasion, tel ou tel Etat client de ceux-ci), la communauté internationale a soutenu, sans défaillir, tout au long du quart de siècle écoulé, la solution « à deux Etats » : retrait total d’Israëldes Territoires occupés ; reconnaissance totale de l’Etat d’Israël par les pays arabes ainsi que création d’un Etat palestinien à côté d’Israël.

Les Etats-Unis furent le seul pays à opposer leur veto aux résolutions du Conseil de Sécurité adoptées en janvier 1976, puis en avril 1980, confirmant la préconisation de la solution à deux Etats avalisée par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et les pays arabes voisins.

Une résolution de l’Assemblée générale, en décembre 1989, sur les mêmes positions, fut adoptée à 151-3 voix (pas d’abstention) : les trois votes négatifs ayant été ceux : d’Israël ; des Etats-Unis et de Saint Domingue [34].

Lorsqu’on prend conscience ce lourd passif de mépris (américano-israélien) total pour l’opinion internationale, il n’est nullement surprenant qu’Israël ait posé sans ambages comme condition préalable à toute négociation que les Palestiniens «abandonnassent leur exigence traditionnelle» d’un «arbitrage international» ou d’un «mécanisme du Conseil de Sécurité.» [35]

Le principal obstacle empêchant l’annexion totale des territoires occupés, c’était l’OLP. Mais, celui-ci ayant adopté la solution à deux Etats au milieu des années 1970, il n’était plus possible de l’écarter en l’accusant de n’être qu’une organisation terroriste vouée à la destruction d’Israël.

Et en effet, des pressions croissantes s’exercèrent sur Israël, l’exhortant à rechercher un agrément avec l’ »approche du compromis » adoptée par l’OLP. En conséquence de quoi, Israël envahit le Liban, où les dirigeants palestiniens avaient leurs quartiers généraux, afin de tuer dans l’oeuf ce que le spécialiste ès stratégie Avner Yaniv a pu qualifier de manière lapidaire d’ « offensive de paix» ( !) de l’OLP. [36]

En décembre 1987, frustrés par l’impasse diplomatique causée par l’obstructionnisme américano-israélien (à l’ONU), les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza se soulevèrent contre l’occupation : il s’agissait d’une insurrection civile et non-violente – l’Intifada.

La répression brutale d’Israël (à laquelle s’ajoutèrent les effets désastreux de la direction inepte et corrompue de l’OLP) finit par aboutir à la défaite du soulèvement. [37] Du fait de l’implosion de l’Union soviétique, de la destruction de l’Irak et de la suspension des financements des pays arabes du Golfe, les Palestiniens connurent un revers de fortune supplémentaire.

Les Etats-Unis et Israël saisirent cette opportunité afin de recruter au sein de la direction palestinienne déjà vénale et désormais aux abois – «à la veille de la banqueroute » et « dans une situation extrêmement affaiblie», dira Uri Savir, chef négociateur à Oslo – les supplétifs palestiniens du pouvoir israélien.

Telle est la signification des accords d’Oslo signés en septembre 1993 : il s’agissait de créer un bantoustan palestinien en faisant miroiter à Arafat et à la direction de l’OLP les prérogatives et les privilèges du pouvoir, d’une manière très semblable à celle dont avaient usé les Britanniques afin de prendre le contrôle de la Palestine durant les années du Mandat, en utilisant le Mufti de Jérusalem, Amin al-Husayni, et le Conseil Musulman Suprême (aux mêmes fins). [38]

Après Oslo, «l’occupation continua», écrit un observateur israélien «ayant de la bouteille», Meron Benvenisti, qui poursuit :
« même si c’était avec une télécommande, désormais, et avec le consentement du peuple palestinien, représenté par son «unique représentanr» – l’OLP. »

Benvenisti poursuit : «Il va sans dire que cette ‘coopération’ basée sur le statu quo du rapport des forces respectives n’était pas autre chose que la continuation – – déguisée – de la domination israélienne et que l’autonomie palestinienne n’était qu’un euphémisme politiquement correct pour désigner la bantoustanisation.»

Le «test», pour Arafat et l’OLP, d’après Savir, était de savoir s’ils «utiliseraient leur pouvoir tout neuf afin de démanteler le Hamas et d’autres groupes violents oppositionnels » qui osaient continuer à contester l’apartheid israélien. [39

La politique israélienne de colonisation des Territoires Occupés au cours de la décennie écoulée révèle le contenu réel du «processus de paix» mis en œuvre à Oslo.

Les détails sont donnés dans une étude exhaustive réalisée par B’Tselem (Centre Israélien d’Information sur les Droits de l’Homme dans les Territoires Occupés), intitulée : L’accaparement des terres. [40]

En raison, en tout premier lieu, de subventions très importantes accordées par le gouvernement israélien, la population des colons juifs est passée de 250 000 à 380 000 au cours des années ‘d’Oslo’, l’activité de colonisation connaissant un rythme plus soutenu sous le mandat du Travailliste Ehud Barak que sous celui de Benjamin Netanyahu, du Likoud.

Illégales au regard du droit international, car construites sur des territoires illégalement saisis à des Palestiniens, ces colonies recouvrent aujourd’hui près de la moitié de la superficie de la Cisjordanie .

Elles ont été annexées à Israël sous de multiples prétextes (la loi israélienne s’applique non seulement aux Israéliens, mais également aux Juifs non-Israéliens résidant dans les colonies) et interdites aux Palestiniens non munis d’une autorisation spéciale.

En fragmentant la Cisjordanie en enclaves disjointes et non viables, les colonies ont empêché tout développement significatif de l’économie palestinienne.

Dans certaines parties de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, les seuls terrains constructibles sont sous juridiction israélienne, tandis que la consommation d’eau des 5 000 colons de la vallée du Jourdain équivaut à 75 % de la consommation totale des deux millions d’habitants palestiniens de la Cisjordanie .

Pas une seule colonie n’a été démantelée durant les années ‘Oslo’, tandis que le nombre de nouvelles unités d’habitation, dans les colonies, croissait de plus de 50 % (sans tenir compte de Jérusalem Est) ; là encore, la plus importante floraison de constructions nouvelles ne s’est pas produite du temps du gouvernement Netanyahu, mais bien durant celui de Barak, précisément en 2000 – exactement à l’époque où Barak prétendait « ne pas avoir laissé une seule pierre sans la retourner » tant était intensive sa quête de la paix !

« Dans les territoires occupés, Israël a instauré un régime de séparation (apartheid) fondé sur la discrimination, en appliquant deux système juridiques différents dans une même zone territoriale et en faisant dépendre les droits des individus de leur nationalité », conclut l’étude de B’Tselem.

«Ce régime est unique en son genre, dans le monde entier, et il rappelle les régimes détestables aujourd’hui disparus, tel le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud.»

Durant les dix-huit premiers mois du gouvernement Sharon, au total 44 colonies nouvelles – fustigées par la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU comme « des provocations destinées à mettre le feu aux poudres » – ont été construites [41].

Tandis que les colonies se multiplient, Israël cantonne les Palestiniens de Cisjordanie dans huit parcelles de territoire, entourées chacune de fil de fer barbelé, un permis spécial étant requis pour tout déplacement ou pour toute activité commerciale entre elles (les camions doivent décharger leur marchandise à la ‘frontière’ et la marchandise doit être rechargée sur d’autres camions, de l’autre côté, dans un système dit « back-to-back » (litt. : ‘dos à dos’)).

Il en résulte une aggravation supplémentaire de la situation d’une économie palestinienne dans laquelle le chômage atteint désormais plus de 70 % dans certaines régions, où la moitié de la population vit au-dessous d’un seul de pauvreté fixé à 2dollars/jour/personne, et où un enfant de moins de cinq ans, sur cinq, souffre de malnutrition, largement causée – d’après un rapport de l’organisme américain USAID – par les entraves mises aux transports.

« Ce qui est vraiment terrible », déplorait un journaliste de Ha’Aretz, « c’est la manière complètement blasée avec laquelle les mass media ont traité ces informations…

Où est l’indignation de l’opinion publique devant cette tentative de saucissonner les territoires et d’imposer des laissez-passer… et d’humilier et harceler une population qui a les plus grandes difficultés pour gagner de quoi vivre et mener une existence normale ?» [42]

Après sept années, cahin-caha, de négociations, après une succession de nouveaux accords intérimaires qui s’arrangèrent de manière à piquer aux Palestiniens les quelques miettes tombées de la table du maître de maison, à Oslo [43], le moment de vérité arriva, à Camp David, en juillet 2000.

Le président américain William (Bill) Clinton et le Premier ministre israélien Barak présentèrent à Arafat un ultimatum lui donnant le ‘choix’ entre accepter de manière formelle le Bantoustan qui lui était offert ou, à défaut, assumer l’entière responsabilité de l’effondrement du « processus de paix ». Arafat, toutefois, refusa de déroger au consensus international sur les moyens de régler le conflit.

D’après Robert Malley, un négociateur clé, américain, à Camp David, Arafat persista à en tenir pour un «Etat palestinien édifié dans le cadre des frontières (internationales) du 4 juin 1967, vivant à côté d’Israël», tout en «acceptant l’idée qu’Israël annexât des parties du territoire cisjordanien pour arranger les colonies, bien qu’il insistât sur un échange de territoires fifty-fifty (de territoires ‘de superficie et de valeur identiques’ – ce qui revient exactement aux ajustements frontaliers ‘mineurs’ et ‘mutuels’ de la position originelle des Etats-Unis sur la résolution 242.

Le récit fait par Malley de la proposition palestinienne à Camp David – une offre qui fut immédiatement repoussée par Israël, mais rarement décrite – mérite d’être citée in extenso : «un Etat d’Israël incorporant certains territoires conquis en 1967 et comportant une grande majorité de (ses) colons établis sur ces territoires ; la plus grande Jérusalem juive de toute l’Histoire ; la préservation de l’équilibre démographique israélien entre Juifs et Arabes ; la sécurité, garantie par une présence internationale sous la supervision des Etats-Unis.»

En face, contrairement au mythe inventé par Barak-Clinton, ainsi que par des médias plus que complaisants, « Barak offrit des apparences de souveraineté palestinienne », observa un conseiller spécial du Foreign Office (Affaires Etrangères britanniques), «tout en perpétuant l’asservissement des Palestiniens».

Bien qu’existent plusieurs versions de la proposition Barak, sensiblement différentes entre elles, tous les observateurs au courant sont unanimes à dire qu’elles auraient abouti à ce que « les territoires annexés par Israëlseraient allés très loin à l’intérieur du territoire de l’Etat palestinien » (Malley), divisant la Cisjordanie entre plusieurs enclaves discontinues, de plus, cette proposition offrait des échanges de territoires palestiniens contre des territoires israéliens qui n’étaient ni de la même étendue, ni d’une valeur équivalente. [44]

A cet égard, il est intéressant de se pencher sur la réaction d’Israël au plan de paix proposé par les Saoudiens en mars 2002.

Le Prince régnant Abdullah a proposé – et l’ensemble des vingt et un autres membres de la Ligue des Etats arabes ont approuvé – un plan qui offrait des concessions qui allaient, en réalité, au-delà du consensus international.

En échange d’un retrait total d’Israël des Territoires, ce plan offrait non seulement une reconnaissance sans réserve d’Israël, mais des « relations normales » avec lui, il appelait non pas au « droit au retour » des réfugiés palestiniens, mais bien plutôt à une « solution équitable » du problème des réfugiés.

Un commentateur de Ha’Aretz nota que le plan saoudien «ressemblait de façon frappante à ce que Barak prétendait avoir proposé deux ans auparavant», à Camp David. Israël se serait-il engagé à un retrait total en échange d’une normalisation de ses relations avec le monde arabe, que le plan saoudien, avalisé à l’unanimité par le sommet de la Ligue arabe (à Beyrouth) aurait été accueilli dans l’euphorie.

En fait, après un temps éphémère d’évitement et de silence, ce plan fut rapidement déposé dans le ‘trou à mémoire’ d’Orwell. [45] Néanmoins, le faux de Barak et Clinton, selon lequel les Palestiniens auraient rejeté, à Camp David, l’offre la plus généreuse possible jamais faite par Israël offrit une couverture morale décisive pour les horreurs qui allaient s’ensuivre.

Leçons tirées de l’Holocauste nazi

En septembre 2000, les Palestiniens s’embarquèrent pour une deuxième Intifada contre la domination israélienne. Dans le «raisonnement gondolé» des Israéliens, à la suite d’Oslo, écrivit la journaliste Amira Hass, du quotidien Ha’Aretz, immédiatement après la résurgence de la résistance, «les Palestiniens étaient supposés enclins à accepter une situation de coexistence dans laquelle ils étaient sur un pied d’inégalité vis-à-vis des Israéliens et dans laquelle ils étaient catalogués comme des personnes ayant droit à moins, à beaucoup moins, que les Juifs.

Toutefois, à la fin des fins, les Palestiniens ne voulaient pas admettre cet arrangement bancal. La nouvelle Intifada… est une ultime tentative de placer un miroir devant la figure des Israéliens et de leur dire : «Regardez-vous une bonne fois, et voyez à quel point vous êtes devenus racistes.»

Pendant ce temps, Israël, dont la politique de la carotte initialisée à Camp David venait d’échouer, tendit le bras pour s’emparer du gros bâton. Deux conditions devaient être remplies, toutefois, avant qu’Israël pût étaler son écrasante supériorité militaire : le «feu vert» des Etats-Unis et un prétexte suffisant.

Déjà, durant l’été 2001, le Jane’s Information Group, service de renseignements faisant autorité, avait fait état de l’achèvement par Israël de la mise au point d’une invasion massive et sanglante des Territoires Occupés. Mais les Etats-Unis objectèrent à sa mise en œuvre, et l’Europe manifesta son opposition totale. Après les attentats du onze septembre (2001, aux Etats-Unis), toutefois, les Etats-Unis franchirent le pas.

Le but de Sharon – écraser les Palestiniens – collait exactement à l’objectif de l’administration américaine – exploiter l’atrocité du World Trade Center afin d’éliminer les dernières poches de résistance arabe à une domination totale des Etats-Unis – ou, pour reprendre la formulation lapidaire de Robert Fisk, «afin de ramener les Arabes sous notre strict contrôle, de nous assurer de leur loyauté.»

Grâce à un extraordinaire déploiement de volonté et en dépit d’une direction à la corruption babylonienne, les Palestiniens ont prouvé qu’ils étaient la force populaire la plus résiliente et la plus récalcitrante et tenace dans le monde arabe. Les mettre à genoux nécessiterait désormais d’infliger un traumatisme psychologique dévastateur à l’ensemble de la région moyen-orientale [46].

Ayant reçu le feu vert des Etats-Unis, tout ce dont Israël avait désormais besoin, c’était du prétexte pour déchaîner sa répression. De manière prévisible, il procéda à l’escalade dans les assassinats de dirigeants palestiniens, à chaque accalmie dans les attentats terroristes (afin de relancer le cycle infernal, ndt).

« En dépit de destructions de maisons à Rafah et à Jérusalem, les Palestiniens continuèrent à pratiquer une certaine retenue », observe Shulamit Aloni, du parti israélien (de gauche) Meretz.

« Sharon et son ministre des armées, craignant apparemment d’être contraints de retourner à la table des négociations, décidèrent de faire quelque chose : ils liquidèrent Ra’ed Karmi. Ils savaient pertinemment qu’il y aurait une riposte, et que nous allions devoir payer le prix de cette «élimination» avec le sang de nos concitoyens. » [47]

Effectivement, il est hélas tout à fait authentique qu’Israël a recherché cette riposte terriblement sanglante. Une fois que les attentats terroristes eurent franchi le seuil déterminé à l’avance – et ardemment désiré – Sharon put déclarer la guerre et commencer à annihiler la population civile palestinienne, totalement sans défense.

Seuls les aveugles volontaires peuvent ne pas remarquer que l’invasion par Israël de la Cisjordanie , en mars-avril 2002 («Opération Bouclier Défensif») était la répétition, dans une très large mesure, de l’invasion du Liban de 1982.

Afin d’écraser l’objectif des Palestiniens (un Etat indépendant vivant à côté d’Israël – vous savez, l’ »offensive de paix » de l’OLP…), Israël avait entrepris de planifier, dès septembre 1981, l’invasion du Liban. Pour lancer cette invasion, toutefois, Israël avait besoin du feu vert de Washington, et d’un prétexte.

A son grand dam et en dépit de multiples provocations, Israël était incapable de provoquer une attaque palestinienne à sa frontière Nord. Qu’à cela ne tienne : Israël procéda à l’escalade dans ses raids aériens contre le Sud Liban et après un bombardement particulièrement meurtrier, qui fit deux cent morts, tous des civils – dont soixante petits malades d’un hôpital pédiatrique – l’OLP finit par répliquer, tuant un Israélien.

Ayant désormais son prétexte en main, et le feu étant passé au vert du côté de l’administration Reagan, Israël procéda : il envahit…

Utilisant le sempiternel slogan «éradiquer la terreur», Israël procéda au massacre d’une population civile sans défense, tuant quelque 20 000 Palestiniens et Libanais entre juin et septembre 1982 – presque tous, des civils.

On peut noter, à titre de comparaison que, au mois de mai 2002, le chiffre israélien officiel des «Juifs qui ont donné leur vie pour la création et la sécurité de l’Etat Jui » – c’est-à-dire, le nombre total des Juifs qui ont péri (la plupart d’entre eux) en temps de guerre, au combat, ou dans les attentats terroristes depuis l’aube du mouvement sioniste, c’est-à-dire, voici cent vingt ans de cela, jusqu’à ce jour – s’établit à 21 182 personnes. [48] [Même nombre de victimes en quatre mois (côté arabe… au Liban seulement, et seulement en 1982) et en cent vingt ans (côté israélien)…]

Afin de mieux réprimer la résistance palestinienne, un officier supérieur israélien exhorta, au début de l’année 2002, l’armée à «analyser… la manière dont l’armée allemande avait investi le ghetto de Varsovie, et à en tirer les leçons» !

A en juger au carnage provoqué par l’armée israélienne en Cisjordanie , le summum étant atteint avec l’opération Bouclier de Protection – avec la prise pour cible d’ambulances palestiniennes et de personnel soignant, de journalistes, l’assassinat d’enfants palestiniens «pour se distraire» (Chris Hedges, ancien directeur du bureau du New York Times au Caire), les rafles, les mains menottées et les bandeaux sur les yeux de tous les Palestiniens (de sexe masculin) entre 15 et 50 ans), l’inscription de numéros sur leur poignet, les tortures infligées de manière arbitraire aux Palestiniens arrêtés, les privations de nourriture, d’eau, d’électricité et de soins médicaux aux civils palestiniens, les attaques aériennes contre les quartiers d’habitation palestiniens, l’utilisation de Palestiniens comme boucliers humains, la démolition au bulldozer de maisons palestiniennes, parfois sur leurs habitants qui s’y étaient mis à l’abri – il est évident que l’armée a suivi les conseils de cet officier supérieur.

Lorsque l’opération, soutenue par rien moins que 90 % des Israéliens, fut enfin terminée, 500 Palestiniens avaient été tués et 1 500, blessés. {49]

Une enquête de Human Rights Watch (Observatoire des Droits de l’Homme) sur l’attaque israélienne du camp de réfugiés de Jénine, en avril 2002, a constaté que «l’armée israélienne a commis des violations graves du droit humanitaire, dont certaines s’apparentent à première vue à des crimes de guerre».

Quelque 4 000 Palestiniens, soit plus du quart de la population du camp, sont devenus sans domicile à cause de «destructions qui allaient bien au-delà de toute ‘justification’ technique sur les nécessités de creuser un accès jusqu’aux combattants – destructions totalement disproportionnées par rapport aux objectifs militaires recherchés.»

Parmi les atrocités israéliennes caractérisées, relevées par Human Rights Watch, celles-ci : «un paralytique âgé de 37 ans a été tué lorsque l’armée israélienne a détruit sa maison au bulldozer (tandis qu’il était chez lui), après avoir refusé à des membres de sa famille de leur laisser le temps de le sortir de la maison» ; «un homme de 57 ans, handicapé, condamné au fauteuil roulant… a été ‘abattu’ et un char a écrasé son cadavre, sur une route importante, en dehors du camp… Bien qu’il y eût un drapeau blanc attaché à son fauteuil roulant» ; des soldats israéliens ont forcé une femme palestinienne, âgée de 65 ans, à rester exposée, sur la terrasse de sa maison, en face d’une position de ‘Tsahal’, au beau milieu d’un combat où étaient engagés des hélicoptères».

Un chercheur chevronné de Human Rights Watch relève, de plus, que ce qui s’est passé à Jénine «ne différait sensiblement pas de l’ensemble des attaques» opérées durant l’opération ‘Bouclier de Défense’, dont les villes de Naplouse et de Ramallah ont souffert plus encore que toutes les autres villes palestiniennes. [50]

Une chose est sûre : Ehud Barak a désapprouvé l’Opération Bouclier de Protection. Mais pour morigéner Sharon, qui aurait dû agir, déclara Barak, «beaucoup plus fortement».

En même temps, en rejetant toute critique d’Israël au prétexte que toute critique ne saurait être que dictée uniquement par l’antisémitisme, le Président Directeur Général de Holocaust Industry & Co, Elie Wiesel, affirmait bruyamment son soutien inconditionnel à Israël – «Israël n’a jamais rien fait d’autre que réagir… Tout ce qu’Israël a fait, Israël devait le faire… Je ne pense pas qu’Israël soit en train de violer la charte des Droits de l’Homme… La guerre, que voulez-vous, a ses règles propres, bien à elle…» – soulignant, inlassablement, «la grande douleur et l’anxiété» subies par les soldats israéliens n’accomplissant que «leur strict devoir».

En se vantant de manière insupportablement cynique «de (‘leur’) avoir laissé (en souvenir) un stade de foot » (en détruisant tout le centre du camp de Jénine), l’un des pauvres soldats éprouvés, selon Wiesel, chargé de manœuvrer au bulldozer à Jénine, racontera plus tard, à la presse :
« Je voulais tout détruire. Tout. J’ai supplié les officiers… de me laisser tout bousiller, de fond en comble. De tout araser, de tout niveler… Trois jours durant, je n’ai fait que détruire, détruire, et détruire encore… Je prenais mon pied à chaque fois qu’une maison dégringolait, parce que je savais que cela ne leur fait ni chaud ni froid, de crever, mais que de perdre leur tanière, ça, par contre, ça les fait chier. Si vous butez une maison, c’est comme si vous ‘en’ mettiez une quarantaine ou une cinquantaine (de Palestiniens) au trou pour des générations. S’il y a une seule chose que je regrette, c’est de ne pas avoir réduit toute cette merde de camp en charpie… J’ai pris un panard pas possible. Un vrai trip. »

Une enquête de l’organisation (israélienne des droits de l’homme) B’Tselem a relevé que, de manière tout à fait signée, «non seulement les ordinateurs en réseau du Ministère de l’Education ont été emportés, ce fut le cas aussi pour les rétroprojecteurs et les magnétoscopes.
D’autres équipements, dont des téléviseurs et des armoires métalliques pleines de documents confidentiels et irremplaçables, comme des dossiers scolaires d’étudiants, furent simplement détruits sur place…
Des disques durs d’ordinateur ont été volés à des associations de la société civile qui avaient investi des années de travail et des millions de dollars pour réunir leur documentation.

« C’était absolument incroyable », a raconté un jeune conscrit israélien, «les types s’acharnaient à casser et à voler… Le sergent major s’occupait de son côté de trouver un camion et d’aider à y charger le ‘butin’. Tout cela, au vu et au su de tout le monde ».

Le tableau général, conclut B’Tselem, «est composé d’un assaut vengeur et rageur contre tous les symboles de la société palestinienne et aussi, de l’identité palestinienne.

Cela, combiné avec ce qu’on ne peut que qualifier de vandalisme : résultat du déchaînement de dizaines d’adolescents et de jeunes hommes israéliens portant l’uniforme et auxquels on avait donné carte blanche pour se déchaîner dans les villes palestiniennes, avec l’assurance qu’aucun compte ne leur serait jamais demandé ». Le quotidien Ha’Aretz a écrit que les soldats israéliens occupant Ramallah « on détruit même des dessins d’enfants » au Ministère de la Culture… et « pissé et chié absolument partout » dans les bâtiments du Ministère, réussissant même, pour les plus doués d’entre eux, à « chier dans un photocopieur » – nul doute, au prix d’une « douleur » et d’une « anxiété » extrêmes [51]…

En juillet 2002, Israël agit promptement afin de prévenir encore une nouvelle catastrophe politique.

Avec l’assistance de diplomates européens, les organisations de la résistance palestinienne, dont le Hamas, parvenaient à un accord aux termes duquel elles sursoyaient à toute attaque à l’intérieur d’Israël, pavant ainsi possiblement la voie du retour vers la table des négociations.

Mais les dirigeants israéliens veillaient. Quatre-vingt-dix minutes, à peine, avant l’heure convenue pour l’annonce de cet accord, qu’ils connaissaient dans les moindres détails, ils donnèrent l’ordre à un bombardier F-16 de lâcher une bombe… d’une tonne, sur un quartier d’habitation densément peuplé, à Gaza, tuant, en plus d’un responsable du Hamas, onze enfants et cinq autres adultes, et blessant cent quarante personnes… Comme prévu, la déclaration fut déchirée et les attentats palestiniens recommencèrent de plus belle, car il s’y ajoutait une lourde revanche, quoi que faiblement proportionnée au massacre.

«Qu’est devenue la sagesse ?» demanda à la Knesset un dirigeant du parti Meretz.
« Au moment précis où il semblait que nous étions sur le point d’obtenir quelque chose qui ressemblait peu ou prou à un cessez-le-feu, ou à une action diplomatique, nous régressons régulièrement de cette manière là – juste quand il y a une période de calme, nous ‘liquidons’ ? ! ? »

Toutefois, ayant décapité, tué dans l’œuf une énième infâme «offensive de paix» palestinienne, cet assaut meurtrier d’Israël était parfaitement calculé. Ne soyons nullement étonnés, par conséquent, à l’évocation de l’appréciation – proprement historique – de Sharon : « [ce raid] fut l’un de nos succès les plus éclatants. » [52]

Le gouvernement israélien enregistra encore une victoire politique majeure le mois suivant, en empêchant des militants pacifistes israéliens de faire la liaison avec sept cents de leurs homologues palestiniens à Bethléem.

Depuis Bethléem, précisément, la journaliste israélienne Amira Hass observait que très nombreux étaient les Palestiniens à œuvrer en vue de l’ «ouverture d’un débat public afin de réduire le soutien des Palestiniens aux attentats à l’intérieur d’Israël, sans même attendre pour ce faire un quelconque changement dans la politique israélienne.»

«La manifestation commune, palestino-israélienne », poursuivait-elle, était « un exemple de ce type de mobilisation et d’action. C’est uniquement parce qu’il a été contré par les autorités israéliennes que cet effort a échoué.» [53]

NOTES :

[1] Voir Norman G. Finkelstein, Image and Reality of the Israël-Palestine Conflict (New York: 1995) pp.7-12. (dans la suite du texte : I&R). L’Etat juif envisagé ne tolérerait pas une minorité arabe dépassant 15 % de la population totale. (Simha Flapan, The Birth of Israël (New York: 1987), p. 104.

[2] Pour les répercussions, cruciales, pour le mouvement sioniste, de son pari sur la Grande Bretagne, voir I&R, pp. 16-20.

[3] Voir I&R, chapitre 2

[4] Zeev Sternhell, The Founding Myths of Israël (Princeton: 1998), pp. 43-4. Benny Morris, Righteous Victims (New York: 1999), p. 91 (Shertok). Simha Flapan, Zionism and the Palestinians (London: 1979), p. 143 (Ben-Gurion). Pour plus de débat et de documentation voir I&R, pp. 98-110.

[5] Walter Laqueur, A History of Zionism (New York: 1976), p. 597 (discussion, voir I&R, p. 198, note 13). L’annexion totale du territoire conquis avait elle aussi cessé d’être une option possible, en raison essentiellement de la décision de la Grande Bretagne de publier la Déclaration Balfour (voir Isaiah Friedman, The Question of Palestine (New Brunswick, NJ: 1992), en particulier aux pp. 175, 188-9, 288).

[6] Benny Morris, « Revisiting the Palestinian exodus of 1948, » in Eugene L. Rogan and Avi Shlaim (eds), The War for Palestine (Cambridge: 2001), pp. 39-40.

[7] Yehoshua Porath, The Emergence of the Palestinian-Arab National Movement, 1918-1929 (Frank Cass: 1974), p. 147 (Congress). Tom Segev, One Palestine, Complete (New York: 2001), pp.404-5; cf. pp. 403, 406-7, 508. Morris, « Revisiting the Palestinian exodus, » p. 42 (Ben-Gurion); pour le calendrier des opérations, voir aussi Shabtei Teveth, Ben-Gurion and the Palestinian Arabs (Oxford: 1985), p. 35. Pour plus de discussion et de documentation sur les plans d’expulsion des sionistes, voir I&R, pp. 16, 103-4, et en particulier Morris, Righteous Victims, pp. 139-44, 168-9.

[8] Morris, Righteous Victims, p. 37. Porath, Emergence, pp. 59, 62.

[9] Neville J. Mandel, The Arabs and Zionism (Berkeley: 1976), p. 40. Yehoshua Porath, The Palestinian National Movement: From Riots to Rebellion (London: 1970), pp. 91-2, 165-6, 297.

[10] Voir : I&R, chap. 4.

[11] Yosef Gorny, Zionism and the Arabs, 1882-1948 (Oxford: 1987), p. 176; pour une analyse détaillée de la thèse de Gomy, voir I&R, chap. 1. Teveth, Ben-Gurion, p. 155.

[12] Uri Ben-Eliezer, The Making of Israëli Militarism (Bloomington: 1998), p. 89 (« fusion ») (cf. p. 62). Martin Gilbert, Israël: A History (New York: 1998), p. 312 (Dayan). Pour la discussion, voir I&R, p. 106.

[13] David Ben-Gurion, My Talks with Arab Leaders (New York: 1973), p. 3. (Pour l’aveu privé par Ben Gourion des vrais raisons motivant les attaques arabes, voir I&R, pp. 108, 110.) Norman G. Finkelstein, The Holocaust Industry (New York: 2000), pp. 49-53, 62-3.

[14] Segev, One Palestine, p. 182.

[15] Saul Friedlander, Nazi Germany and the Jews, vol. I (New York: 1997), p. 219. Sur les schémas de réinstallation, voir Michael J. Cohen, Churchill and the Jews (London: 1985), pp. 236, 249-51, and Philippe Burrin, Hitler and the Jews (New York: 1989), pp. 59-61.

[16] Pour les transferts de population de l’entre-deux guerres à la période d’après Seconde guerre mondiale, voir Joseph B. Schechtman, European Population Transfers, 1939-1945 (New York: 1946), et Postwar Population Transfers in Europe, 1945-1955 (Philadelphia: 1962), Alfred M. de Zayas, Nemesis at Potsdam (London: 1977),
Andrew Bell-Fialkoff, Ethnic Cleansing (New York: 1996), Norman M. Naimark, Fires of Hatred (Cambridge: 2001). Segev, One Palestine, pp. 406-7 (Jabotinsky) (voir aussi : Gorny, Zionism, pp. 270-1). Voir : I&R, p. 103 pour « une expérience positive » ; Nur Masalha, Expulsion of the Palestinians (Washington: 1992), pp. 157-61 (Parti Travailliste). Bertrand Russell, « The Role of the Jewish State in Helping to Create a Better World » (1943), repris in Zionism (1981).

[17] Sasson Sofer, Zionism and the Foundations of Israëli Diplomacy (Cambridge: 1998), p. 367 (« ordre social , social order »). Richard Crossman, Palestine Mission (London: 1947), pp. 33, 152, 167. Kenneth Ray Bain, The March to Zion (London: 1979), p. 35 (Wallace) (cf. pp. 34-6 pour l’identification par les Américains de la conquête sioniste avec la conquête américaine de l’Ouest). Pour une comparaison détaillée entre l’entreprise sioniste et la conquête de l’Ouest américain, voir I&R, pp. 89-98, et en particulier Norman Finkelstein, The Rise and Fall of Palestine (Minn.: 1996), pp.104-21. (dans la suite du texte : R&F)

[18] Voir I&R, chap. 3; pour plus de preuves étayant l’argumentation de ce chapitre, voir Laila Parsons, « The Druze and the birth of Israël, » in Rogan and Shlaim, War, chap. 3, ainsi que Ben-Eliezer, Making, pp. 170-81. Pour les comparaisons, évoquées récemment par les Israéliens consensuels avec l’expulsion des Albanais pratiquée par les Serbes (Kosovo), voir Finkelstein, Holocaust, pp. 70-1.

[19] Sternhell, Founding Myths, p. 173 (Katznelson; pour le soutien de Katznelson au transfert forcé, voir p.176). Theodore Roosevelt, The Winning of the West (New York: 1889), vol. 4, p. 54.

[20] Wm. Roger Louis, The British Empire in the Middle East, 1945-1951 (Oxford: 1984), pp. 117, 448, 614. Michael J. Cohen, Palestine and the Great Powers, 1945-1948 (Princeton: 1982), pp. 197-8, 201.

[21] Voir : I&R, pp. 10-11, 15, 102-3. Teveth, Ben-Gurion, p. 101 (cf. pp. 129, 187-90). Pour d’abondantes preuves que, même en l’absence de toute agression arabe, les dirigeants sionistes n’ont jamais eu l’intention de respecter les frontières fixées par la Résolution de Partage de 1947, voir : Ben-Eliezer, Making, pp. 144, 150-1.

[22] Pour la guerre de Juin (« Guerre des Six Jours », voir : I&R, chap. 5.

[23] Pour les impératifs territoriaux des sionistes, après 1948, voir : I&R, p. 143. Martin Gilbert, Israël: A History (New York: 1998), p. 393. Michael Oren, Six Days of War (Oxford: 2002), p. 312. Sternhell, Founding, p. 330.

[24] Yosef Weitz, officiel sioniste influent au moment de l’expulsion de 1948, mit en garde, de manière très significative, après les conquêtes de la guerre de 1967, sur la nécessité de préserver le caractère juif de l’Etat d’Israël en faisant en sorte de « toujours maintenir la minorité non-juive au-dessous des 15 % de la population » (Nur Masalha, A Land Without A People (London: 1997), p. 79.

[25] M. Cherif Bassiouni, Crimes Against Humanity in International Criminal Law (Boston: 1999), pp. 312 (« de manière non équivoque »), 322 (voir pp. 312-27 pour le développement historique du droit international en matière de déportation).

[26] Voir : I&R, pp. 144-7.

[27] Voir : I&R, pp. 221-2, note 63.

[28] Voir : I&R, chap. 6.

[29] Geoffrey Aronson, Creating Facts (Washington: 1987), pp. 14ff. (Allon plan). Sofer, Zionism, p. 385. Finkelstein, Holocaust, pp. 47-8.

[30] Voir : I&R, pp. 147-8.

[31] Pour la mission Jarring, voir : I&R, pp. 151ff.

[32] Foreign Relations of the United States, 1964-1968, Volume XX (Washington, DC: 2001), pp. 619, 634-5 (« meant »/ »never meant » : ‘signifiait’/’n’a jamais signifié’), 639, 639 (« large chunks »/ »non-starter » : ‘de larges parties’/’n’apportait aucune ouverture’), 641, 654 (« unacceptable » : ‘inacceptable’), 655, 699.
[33] Noam Chomsky, The Fateful Triangle (Boston: 1983), pp. 65-6. Pour les mobiles stratégiques derrière ce revirement politique des Etats-Unis et ses répercussions pour les Juifs américains, voir Finkelstein, Holocaust, chap. 1.

[34] Pour une recension exhaustive des vetos isolés des Etats-Unis au Conseil de Sécurité et des votes négatifs israélo-américains à l’Assemblée Générale, sur le conflit du Moyen-Orient, voir : Finkelstein, R&F, pp. 53-7.

[35] Uri Savir, The Process (New York: 1998), p. 6.

[36] Avner Yaniv, Dilemmas of Security (Oxford: 1987), pp. 20 (« approche de compromis »), 70 (« offensive de paix »). Pour discussion plus approfondie et documents, voir R&F, pp. 44-5.

[37] Pour une documentation détaillée de la répression israélienne, Voir : R&F, chap. 3.

[38] Savir, Process, pp. 5, 25. Pour le précédent du gouvernement britannique en Palestine, Voir Baruch Kimmerling et Joel S. Migdal, Palestinians: The Making of a People (Cambridge: 1994), pp. 86, 90-1, ainsi que Porath, Emergence, p. 202. Les Britanniques imposèrent leur gouvernement direct dans leur Empire, pour la première fois, après avoir écrasé brutalement l’insurrection indienne, en 1857. Le commentaire de Vict

Source : http://www.normanfinkelstein.com.

Traduction : Marcel Charbonnier

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