Israël est fondamentalement colonial

Il serait faux de penser que la solution au conflit actuel en Palestine réside en une reprise des négociations entre les dirigeants palestiniens et l’Etat d’Israël.

Il ne peut pas y avoir de paix quand un Etat s’installe sur un territoire, en expulse la majorité de sa population d’origine et la remplace par une autre population. Tel est le cas d’Israël, un Etat colonialiste.

On ne peut comprendre pourquoi la paix n’est pas possible au Proche-Orient, dans l’état actuel des forces, sans passer au crible le sionisme, ses racines, son contenu et son histoire. C’est-à-dire, sans comprendre la nature de l’Etat d’Israël.

Les hommes qui ont fondé le sionisme à la fin du 19ème siècle l’ont présenté comme une réponse à l’antisémitisme qui régnait surtout dans l’Europe de l’Est et la Russie. Mais cette idéologie n’était ni la seule, ni la meilleure réponse possible. Jusqu’au triomphe des Nazis et à leur décision d’appliquer la ‘solution finale’, la majorité des travailleurs et des classes moyennes juifs en Europe adhéraient à des tendances politiques anti-sionistes, et notamment la social-démocratie ou le socialisme révolutionnaire.

Le sionisme : une idéologie raciste

Théodore Herzl, fondateur de l’Organisation sioniste mondiale, est témoin de l’affaire Dreyfus en France en 1895. Il écrit à propos de ces événements : «  Par-dessus tout, je reconnus la vacuité et la futilité de toute tentative de ‘combattre’ l’antisémitisme ».

Herzl non seulement refuse la lutte, mais critique les Juifs français qui s’allient avec les socialistes. Il écrit que les socialistes sont « des destructeurs de l’ordre social existant », et à propos des Juifs français : «  En vérité, ce ne sont plus des Juifs. Assurément, ils ne sont pas davantage français. Ils vont probablement devenir les dirigeants de l’anarchisme européen ».

Résolument contre-révolutionnaire, Herzl va jusqu’à proposer au ministre de l’intérieur russe, grand organisateur de pogroms, de faciliter la création d’un Etat juif. Son argument est que le départ des Juifs de Russie affaiblira le mouvement révolutionnaire. Il explique que les meilleurs soutiens du projet sioniste sont les racistes : «  les antisémites seront nos amis les plus sûrs…, nos alliés » .

Le sionisme prône le regroupement des Juifs sur un même territoire, à l’exclusion de tout autre. Le colonialisme sioniste ne vise pas à exploiter la population non-juive, mais tout simplement à l’expulser. Pour cela, il a besoin du soutien d’une ou plusieurs puissances impérialistes.

Au congrès de Bâle en 1897, Herzl préconise le «  retour  » des Juifs en Palestine. Il veut créer «  un rempart contre les barbares ». Il affirme à cette époque la nécessité d’un « Etat séparé pour un peuple séparé ». Le sionisme consisterait à  « donner un pays sans peuple à un peuple sans pays ».

A propos des Palestiniens, il déclare, le 12 juin 1895 : «  Nous essaierons de convaincre la population pauvre de traverser la frontière en lui procurant des emplois dans les pays limitrophes, tout en lui interdisant tout emploi dans notre pays » .

Pendant la Première guerre mondiale, le projet reçoit le soutien actif de la Grande-Bretagne, la première puissance impérialiste de l’époque. A la fin du conflit, l’impérialisme britannique obtient la Palestine et permet la création d’un foyer juif national. Il va de soi que le souci des Britanniques n’est pas de  « libérer » les Juifs, mais de mieux les utiliser dans ses propres intérêts.

Sir Ronald Storrs, le gouverneur militaire de Jérusalem, explique que le foyer national juif est pour le Royaume-Uni «  un petit Ulster juif loyaliste  » dans une mer d’arabisme potentiellement hostile. En effet, à la même époque, les Britanniques, après la guerre d’indépendance en Irlande, créent en Irlande du Nord un «  Etat protestant pour un peuple protestant » , avec les conséquences qu’on connaît.

Dès le départ, le projet sioniste prépare la ségrégation entre Juifs et non-Juifs. L’économie sioniste est totalement fermée. Il existe une interdiction stricte d’employer des Arabes. La fédération des syndicats sionistes organisait des grèves contre les employeurs de main d’œuvre arabe.

Certes, parmi les réfugiés venus de l’Europe de l’Est, beaucoup sont de tendance socialiste. Ils adhèrent souvent aux partis «  sionistes de gauche » . Certaines colonies agricoles, ou ‘kibboutzim’ en hébreu, sont organisées selon des principes collectivistes et laïcs. Mais ceci ne change rien à leurs rapports avec la population arabe, et de toute façon ils ne représentent qu’une fraction infime de la population et de l’économie israélienne. Certains kibboutzim sont intégrés dans le dispositif militaire de l’Etat d’Israël.

Israël, un Etat colonialiste

Jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, la majorité des Juifs dans le monde ne soutient pas le sionisme. Le génocide nazi change la situation du tout au tout. Les sionistes instrumentalisent l’Holocauste et revendiquent un droit moral pour la fondation d’un Etat réservé aux Juifs. La guerre apporte des changements dans les rapports de force entre grandes puissances. Les sionistes, dirigés par Ben Gourion, s’allient logiquement avec les Etats-Unis.

En 1948, lors de la création de l’Etat d’Israël, 700 000 Palestiniens sont chassés de leurs terres. Les villages sont rasés, les maisons détruites (comme c’est encore le cas aujourd’hui dans les territoires  « autonomes »). Il se déroule alors une véritable purification ethnique.

Itzhak Rabin racontait dans ses mémoires : «  Nous marchions dehors aux côtés de Ben Gourion. Allon répéta la question : ‘Que devons-nous faire de la population?’. Ben Gourion agita la main en un geste qui signifiait ‘chassez-les’. Allon et moi avons tenu conseil. J’étais d’accord avec lui qu’il était essentiel de les chasser. »

Aujourd’hui, on compte 3,4 millions de réfugiés palestiniens dans le monde. En 1945, les colons juifs possédaient 5,7% des terres du pays. Aujourd’hui, ils possèdent environ 95% de ces mêmes terres, à l’intérieur des frontières d’avant 1967.

Israël: le chien de garde

Après 1948, Israël devient le satellite le plus sûr des USA dans une région en proie au nationalisme. Israël est l’Etat gendarme du Moyen-Orient.

Voilà ce qu’écrit le Haaretz, grand quotidien israélien, en septembre 1951 : «  Israël deviendra le chien de garde. Il n’y a aucune crainte qu’Israël entreprenne une politique agressive contre les pays arabes si c’était en contradiction avec les souhaits des USA et des Anglais. Mais si, pour n’importe quelles raisons, les puissances occidentales préfèrent parfois fermer leurs yeux, Israël pourrait punir un ou plusieurs de ses Etats voisins dont l’attitude discourtoise pour l’Occident dépasserait les limites de l’acceptable ».

Israël est encore aujourd’hui le pays le plus aidé par tête d’habitants par les USA. Ceci n’a rien à voir avec l’existence d’un  « lobby juif  » aux USA, mais est le fruit de la stratégie impérialiste américaine.

On entend parfois l’argument que le sionisme n’existerait plus, ayant atteint son objectif initial, la création d’un Etat juif. Dénoncer le  « sionisme  » aujourd’hui équivaudrait à de l’anti-sémitisme. Cet argument est totalement faux. Il est démenti tous les jours par la construction de nouvelles colonies juives et le soutien qu’elles reçoivent, que cela soit sous le mandat des «  colombes  » I. Rabin et E. Barak ou sous celui des «  faucons  » B. Netanyahou, et Ariel Sharon, l’actuel premier ministre israélien.

L’historien israélien modéré Schlomo Sand, dans un article publié par le Monde (5/1/02), dénonce la façon dont les politiciens et le système éducatif israélien propagent une idéologie «  nationaliste  » basée sur une déformation systématique de l’histoire. Ironisant sur cette idéologie il écrit : «  si l’on invoque, en effet, des frontières ou des ‘droits’ remontant à deux mille ans pour organiser le monde, nous allons le transformer en un immense asile psychiatrique » . Et pour décrire la situation des Territoires palestiniens après les Accords d’Oslo, il déclare : «  le prisonnier aussi bénéficie d’une autonomie sur 90% de son territoire » .

Israël, Etat raciste

La pierre angulaire de l’Etat d’Israël est la «  loi de retour » . Seuls les Juifs peuvent «  retourner  » en Palestine, pendant que les Palestiniens en sont chassés. De plus, seuls les Juifs peuvent acquérir automatiquement la nationalité israélienne, du fait seulement qu’ils sont juifs : il s’agit d’un racisme constitutionnel.

Des crimes de guerre commis en 1956 et en 1967 contre des centaines de prisonniers égyptiens sommairement torturés et exécutés n’ont jamais été punis. Le responsable israélien des massacres des camps de réfugiés palestiniens au Liban, à Sabra et à Chatila, est aujourd’hui premier ministre d’Israël.

Tous les Juifs israéliens n’acceptent pas le racisme et la militarisation de leur pays. Des voix s’élèvent contre les crimes commis au nom d’Israël. Le mouvement de la paix a été particulièrement actif lors de l’occupation du Liban. Voilà ce que déclare un survivant de l’Holocauste, le docteur Schnalgman, après l’invasion du Liban, en 1982 : «  Dans mon enfance, j’ai souffert la peur, la faim, et l’humiliation quand je passais du ghetto de Varsovie, à travers des camps de travail, à Buchenwald. Aujourd’hui, comme citoyen israélien, je ne peux pas accepter la destruction systématique de villes, de villages et de camps de réfugiés. Je ne peux pas accepter la cruauté technique des bombardements, des destructions, et du meurtre d’êtres vivants.» J’ai entendu trop de bruits familiers, des bruits qui sont amplifiés par la guerre. J’ai entendu ‘sale arabe’, et je me rappelle ‘sale juif’. J’ai entendu parler de territoires fermés, et je me rappelle les ghettos et les camps. J’ai entendu ‘bêtes à deux jambes’, et je me rappelle ‘untermenschen’, sous-humains. J’ai entendu nettoyage de territoires, destruction, mort, sang et meurtre… trop de choses en Israël me rappelle trop de choses de mon enfance » .

Israël, Etat terroriste

L’Etat israélien a été fondé par l’armée israélienne, qui provient de deux groupes terroristes : le groupe Irgoun et le groupe Stern.

Il possède aujourd’hui un des services secrets les plus redoutés au monde, le Mossad, qui agit non seulement pour le compte d’Israël mais pour celui des Etats-Unis et leurs alliés. Il s’occupe plus particulièrement du  « sale boulot » .

La politique étrangère d’Israël est la continuation de sa politique colonialiste vis-à-vis des Palestiniens. Le plus fidèle allié des Américains lors de leurs différentes guerres au Moyen-Orient, Israël a aidé des dictatures militaires ou fascistes pro-américaines du monde entier. Un agent du Mossad déclare :  « Même s’il ne s’en vante pas ouvertement, Israël a entraîné des services aussi divers que la redoutable Savak iranienne, les forces de sécurité de Colombie, d’Argentine, d’Allemagne de l’Ouest, d’Afrique du Sud et de plusieurs autres pays africains, dont la police secrète de l’ancien dictateur ougandais Idi Amin Dada. Les israéliens ont également formé la police secrète de l’homme fort du Panama récemment renversé, Manuel Noriega » .

Israël est le seul pays au monde à avoir accru ses relations diplomatiques, économiques et militaires avec l’Afrique du Sud de l’apartheid dans les années 1980.

A l’intérieur, loin d’être un «  modèle de démocratie  » dans une région dominée par des dictatures, Israël est un pays où le gouvernement et en particulier les forces armées se servent régulièrement des lois «  d’exception  » non seulement contre les Palestiniens, mais contre les Israéliens qui contestent la validité de leur politique. La torture est légale en Israël. Il s’agit d’ «  interrogatoires spéciaux  » sans avocats, et sans inculpations.

Les terroristes israéliens qui ont tenté de faire sauter des mosquées en 1984 n’ont eu que de courtes peines de prison et ont été rapidement amnistiés. La maison des «  terroristes  »  palestiniens et de toute leur famille est systématiquement détruite, les peines sont très lourdes. Israël est le seul pays au monde à avoir la bombe H, et qui n’est pas ennuyé pour cela.

Quelle solution pour la Palestine?

La situation des Palestiniens est très difficile. Une minorité d’entre eux travaillent pour l’économie israélienne, mais ils n’ont pas le potentiel d’affaiblir l’économie israélienne, à la différence d’autres peuples victimes de l’apartheid (comme les Noirs en Afrique du Sud). Les territoires autonomes sont complètement dépendants du bon vouloir du gouvernement sioniste. Régulièrement il organise le blocus des enclaves.

Seule l’union des travailleurs arabes de Syrie, de Jordanie et surtout d’Egypte, où existe une classe ouvrière puissante avec une histoire de militantisme, peut permettre la libération de la Palestine. Sur leur route ils rencontreront les régimes arabes, qui ont tout intérêt au maintien du statu quo tant à l’intérieur de chaque pays que dans les relations Israélo-Palestiniennes.

Il est faux de prétendre que cela se traduirait par le massacre des Juifs. Au contraire, une telle conclusion à la tragédie palestinienne est la seule qui puisse permettre à tous les peuples de la région, Juifs, arabes, chrétiens et autres, de vivre en paix.

Par Alexandre Achrafié et Claude Meunier

Source: http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s2raciste.htm

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